David Lebon sur Facebook

Une politique de sécurité en toc…

Vendredi 1er janvier, le président de la République recevait, quelques représentants des «travailleurs de la Saint Sylvestre» (policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers, agents de la SNCF, de la RATP, médecins ou personnels de santé). Entre autres termes d’encouragements, il a fustigé une nouvelle fois les « bandes »…. Nicolas Sarkozy a régulièrement besoin d’un bouc émissaire pour solidifier son discours. Les « bandes » sont un sujet rituel d’excitation présidentielle. Il est également un élément que n’a pas abordé le chef de l’Etat, et pour cause : le nombre de voitures brûlées. Même si cette question ne résume pas la situation du pays en matière d’insécurité, c’est le chiffre qui était pourtant revenu le plus souvent au cours de la campagne présidentielle de 2002… Qu’en est-il donc, un septennat plus tard, depuis que Nicolas Sarkozy est devenu ministre de l’Intérieur puis président de la République ? Le ministère de l’Intérieur ne communique guère, les préfectures ont reçu des consignes strictes de silence sur cette question… Et si le chef de l’Etat ne rate jamais une occasion pour souligner la baisse du chiffre global de la délinquance (remis en cause par les syndicats de policiers), les statistiques des voitures brûlées demeurent d’une totale opacité….

Les UTEQ ont du plomb dans l’aile…

Pour un peu, une autre information serait passée totalement inaperçue et de celle la, le chef de l’Etat ne s’est pas vanté : La création de nouvelles unités territoriales de quartiers (UTEQ) nouveaux services de police déployés dans les quartiers dits sensibles, s’arrête net. « Je n’ai pas les moyens de les développer », déplore le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux en privé…. L’objectif de 100 UTEQ prévues par le ministère de l’Intérieur d’ici à 2010 ne sera jamais atteint. Seules 35 de ces unités, censées remplacer la police de proximité, ont été jusqu’ici mises en place. Et, à de rares exceptions près, aucun projet supplémentaire n’est plus envisagé… A peine lancé , la première UTEQ a vu le jour en 2008, l’un des dispositifs phare du gouvernement en matière de sécurité est donc gelée. Le même raisonnement vaut pour les compagnies de sécurisation, créées en même temps : 23 étaient prévues mais à peine le quart d’entre elles ont été installées. Nicolas Sarkozy n’aura pas attendu un an pour rompre cette promesse-là…

La révision générale des politiques publiques (RGPP) impose au budget 2010 la suppression de plus de 2 000 postes dans les rangs de la police. Or, pour créer les UTEQ, qui comptent chacune entre 20 et 25 fonctionnaires, l’administration ponctionne des commissariats déjà exsangues. Le rapport d’évaluation commandé à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et à l’Inspection générale de l’administration (IGA) viendra entériner cet état de fait. Tout en rendant hommage au travail des UTEQ, le document, qui devrait être remis en janvier à Brice Hortefeux, échafaude une porte de sortie. Ce rapport devrait conclure à la nécessaire mobilité de ces unités. Elles deviendraient “déplaçables” en fonction des besoins et soumises à des objectifs révisables d’une année sur l’autre.

Dès son arrivée au ministère de l’intérieur, en 2002, Nicolas Sarkozy avait supprimé la police de proximité mise en place par la gauche, en lui reprochant de jouer les “assistantes sociales”. Cinq ans plus tard, après les échauffourées à Villiers-le-Bel (Val d’Oise) de novembre 2007, le projet des UTEQ avait été imaginé pour combler le vide laissé sur le terrain. A titre d’exemple, les Hauts de Seine, département choyé par Nicolas Sarkozy, ont autant d’effectifs de sécurité que la Seine Saint Denis….

Le 24 juin 2009, le jour même de son installation place Beauvau, sitôt la passation de pouvoir avec Michèle Alliot-Marie achevée, Brice Hortefeux s’était rendu à Orly (Val-de-Marne) saluer une nouvelle UTEQ tout juste installée. Le ministre de l’Intérieur avait alors déclaré: “C’est une solution qui coûte, qui suppose des redéploiements mais qui est efficace.” Il avait évalué la baisse de la délinquance “entre 10 % et 20 %” là où les UTEQ s’étaient installées. Dans la présentation de sa loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure le 19 janvier 2009, Michèle Alliot-Marie affirmait comme objectif la mise en place de 100 UTeQ et 23 compagnies de sécurisation.

Un « septennat » de redondances : pour quels résultats ?

Il y a moins d’un an, le 18 mars 2009, le chef de l’Etat s’était déplacé à Gagny avec tout le tumulte que provoquent ses déplacements sur le thème de la sécurité , afin là aussi , d’y dévoiler un plan contre les
bandes. Les élections européennes approchaient…..

Voici ce qu’annonçait le chef de l’Etat avec force démonstration, devant toute la presse convoquée pour l’occasion : « la création des Unités Territoriales de Quartiers composées d’une vingtaine de fonctionnaires affectés à la sécurité d’un quartier, constitue une réponse adaptée aux nouvelles formes de la délinquance violentes » « L’objectif doit être de constituer 100 UTeQ et 23 compagnies de sécurisation dès la fin de cette année 2010, et non pas en 2012, comme prévu initialement »… Il annonçait par ailleurs 16 autres mesures dont la création d’un fichier dédié aux violences urbaines et au phénomène de bandes, ainsi que la mise en œuvre d’une « police d’agglomération avec un état-major à l’échelle des agglomérations », chargée de coordonner la collecte du renseignement et l’action de la police.

Faire plus avec moins ou comment déshabiller Pierre pour habiller Paul : n’est ce pas le signe tangible d’un politique de sécurité en toc ! Comme le disait Nicolas Sarkozy le 29 novembre 2007 devant 2000 policiers et gendarmes « l’on est élu pour avoir des résultats et ses résultats, on doit les assumer »… on attend toujours !

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