Entre le modèle anglo-saxon et le modèle social français : les errements de Nicolas Sarkozy !
Où est donc passé le Sarkozy admirateur du modèle anglo-saxon ? Probablement emporté par la crise… Le discours de la Seyne sur Mer sur la “relance économique” du 1er décembre dernier marque une énième rupture…. Nicolas Sarkozy, qui n’est jamais aussi prolixe que lorsqu’il s’agit de distribuer les mauvais points (à ces prédécesseurs, à l’opposition…) s’en est cette fois pris violemment au modèle financier à l’anglo-saxonne. « La crise est venue de la dérive d’un modèle anglo-saxon, je veux pour le monde la victoire du modèle européen qui n’a rien à voir avec les excès d’un capitalisme financier ». Pas en reste, le chef de l’Etat a salué « la victoire du modèle européen. Pour lui, le modèle anglo-saxon est discrédité »…
Le problème, c’est que le président adepte du libéralisme (avant la crise) a beaucoup critiqué le modèle de protection sociale “à la française”, au moins aussi souvent qu’il couvrait de louanges le modèle américain et britannique. Un changement peu nuancé, en comparaison du Sarkozy de décembre 2007 qui espérait que la France s’inspirerait du modèle britannique si efficace pour développer les richesses….
Le 7 décembre 2007, Nicolas Sarkozy encensait le modèle anglo-saxon, à l’occasion d’un discours devant l’Assemblée des entrepreneurs CGPME à Lyon…
« Je n’ignore pas que la croissance ne se décrète pas.Mais on doit bien constater que certains gouvernements parviennent dans la durée à donner à leur pays plus de croissance que d’autres. Moi je n’ai pas été élu pour considérer que c’est une fatalité que la France fasse moins bien. Au Royaume Uni, il y a vingt ans, ils étaient
20 % moins riches que la France, ils sont aujourd’hui 10% plus riches que nous. Cela veut quand dire même un supplément de richesse de 2400 euros par personne et par an. Ce qu’ils ont fait, pourquoi on ne le ferait pas ? Ce que les socialistes anglais ont compris, la droite française pourrait le mettre en œuvre. Ce n’est quand même pas choquant ».
Londres : 26 mars 2008, voyage officiel en Grande Bretagne : « L’enjeu pour nous, c’est de nous inspirer des leçons d’une expérience réussie : la votre ! »…
Comme il est également loin le temps où , devant la communauté française de Londres, Nicolas Sarkozy comptait s’inspirer des réformes entamées par la Grande -Bretagne. : « Parce qu’ils ont fait les réformes, parce qu’ils ont travaillé, parce qu’ils ont regardé le monde tel qu’il est et qu’ils ont tout fait pour s’adapter à ce monde. Et ils ont connu la croissance, et ils ont connu le plein emploi, et ils ont connu la prospérité. Bien sûr qu’il y a des problèmes. Mais, en même temps, quel chemin parcouru….
Mais nous, les Français, on voulait vous dire que ce que vous avez fait, c’est quand même un beau résultat. Et franchement, je n’ai pas le sentiment de dévaluer mon pays en disant cela parce que je pense que les pays forts sont ceux qui reconnaissent qu’ailleurs on a aussi fait des choses bien et qu’au fond, si on changeait de tradition en France, si au lieu d’essayer tout ce qui ne marche pas, on essayait ce qui marche.”…
« Je me suis engagé sur le plein emploi. Pas parce que j’étais un homme politique en campagne. Je m’y suis engagé parce que je me suis dit, si 62 millions d’anglais sont capables de le faire dans leur île, pourquoi si eux l’ont fait, si eux ont moins de 5% de chômeurs, pourquoi nous, on devrait en avoir plus ? Quelle est la fatalité ? Si eux progressent, ont eu pendant des années jusqu’à 3% et un peu plus de croissance, pourquoi nous, on devrait en avoir moins ?”
“Ils ont libéré, ils ont fait confiance à la liberté. Et avec cela, ils ont laissé faire l’intelligence des femmes et des hommes. Et cela a marché. Eh bien, c’est exactement ce qu’on veut faire en France ».
Très prolixe devant les chambres parlementaires, lors de ce déplacement, il soulignait avec la même ardeur, que la France devait suivre le modèle britannique : « L’enjeu pour nous, c’est de nous inspirer des leçons d’une expérience réussie : la votre !»…
Approximations et contre vérités… le 5 février 2009 à l’occasion d’une émission spéciale « Face à la crise » sur TF1, France 2 et M6
Depuis que les premiers effets de la crise se sont fait sentir, Nicolas Sarkozy cherche aussi souvent que possible à se démarquer du modèle anglo-saxon auquel il impute la situation économique actuelle. Lors de l’émission spéciale “Face à la crise” , il affirmait le 5 février 2009 qu’il ne voulait pas « répéter les erreurs économiques de l’Angleterre. « Franchement quand on voit la situation aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, on n’a pas envie de leur ressembler ».
Ce qui ne l’empêcha pas d’énoncer nombre de contre vérités… tout d’abord par des attaques contre la baisse de la TVA de 2,5 points décrétée par Gordon Brown pour lutter contre la crise. Cette mesure soulignait le chef de l’Etat, aurait contribué à accélérer la baisse de la consommation. Ce qui est en fait totalement faux. Au Royaume-Uni, la consommation en produits manufacturés a augmenté de 2,6% de novembre à décembre 2008, et de 4,3% de décembre 2007 à décembre 2008. En France, au contraire, l’Insee affiche une baisse de la consommation : -0,9% de novembre à décembre et -1,7% de décembre 2007 à décembre 2008
Lors de cette même émission, le président fustigeait la Grande-Bretagne pour avoir laissé mourir son industrie… là aussi nouvelle erreur présidentielle qui est exactement au même niveau que celle de la France, au pourcent près… La Grande-Bretagne n’avait manqué de faire savoir son mécontentement .l’Elysée avait répondu par de plates excuses trois jours après…
14 septembre 2006, à l’occasion de la Convention UMP :contre la précarité, permettre à chacun d’être propriétaire, Nicolas Sarkozy voulait importer les « subprimes en France »…
Lors d’un discours de pré campagne, le candidat de « la France des propriétaires et du pouvoir d’achat » louait avec flamme, l’exemple formidable des anglo-saxons qui encourageaient aux subprimes et crédits hypothécaires….
« Permettre à chacun de se constituer un patrimoine en versant ses loyers, voilà un progrès social, voilà qui donne les mêmes cartes à ceux qui sont riches et à ceux qui sont pauvres ; voilà qui instille de l’égalité des chances ; voilà une vraie mesure de justice….
« Le premier moyen d’y parvenir, c’est d’utiliser le crédit hypothécaire. Cela paraît très compliqué, mais c’est en réalité très simple. C’est ce qui permet à près de 70% des Britanniques et des Américains d’être propriétaires de leur logement, contre 56% en France. Dans ces deux pays, les crédits sont garantis par l’existence du bien. En France, nous privilégions la garantie sur les personnes, ce qui conduit les établissements bancaires à écarter du marché du crédit tous ceux dont la situation professionnelle n’est pas assez stable pour assurer des revenus durables. Cette tradition n’est pas une fatalité. Il suffit de changer les règles prudentielles imposées aux banques, de simplifier le recours à l’hypothèque et d’en réduire le coût…. L’hypothèque doit être encouragée dans notre pays… » Voilà une vraie rupture… »
Un discours d’auto satisfaction hors de propos…
A la Seyne sur Mer, Nicolas Sarkozy se parlait à lui-même, comme pour se convaincre qu’il avait bien fait, qu’il était le meilleur, et que le reste du monde avait tort contre lui. En dépit de toutes les gesticulations et autres controverses lancées comme autant d’écrans de fumée pour éviter le sujet, celui-ci va inévitablement s’inviter dans le débat politique. Au bout de deux ans et demi de mandat, Nicolas Sarkozy ne peut éviter qu’on lui demande des comptes. Les yeux fixés sur l’agenda politique, il a préféré prendre les devants.
Il a voulu convaincre de la différence entre la bonne dette (qui finance l’investissement) de la mauvaise (qui finance les prestations sociales). En France, l’endettement public est massif et sans issu : 84% du PIB en 2010, sans doute 100% d’ici 2 ans. La France, contrairement à ses voisins, n’a plus aucune marge de manoeuvre budgétaire. Piteuse, la France est enfin parvenue à obtenir une prolongation d’un an, de 2012 à 2013, le délai fixé par la Commission Européenne pour ramener le déficit budgétaire à 3% du PIB. Ce dernier atteint un niveau inégalé depuis l’après-guerre. La politique fiscale du gouvernement paraît dans l’impasse, coincée par l’obstination à préserver des niches fiscales, tels le bouclier fiscal ou le secteur de la restauration. L’un des plus gros cadeaux fiscaux de l’année, la baisse du taux de TVA sur la restauration, soit 3 milliards d’euros l’an prochain, est un échec économique, social, et pour les consommateurs.
Depuis plus d’un an, Sarkozy revendique des succès qui n’en sont pas. Ainsi la lutte contre les paradis fiscaux. Ces derniers existent toujours, ils ont simplement changé de nom. Et malgré les « menaces » de l’été, les «évadés fiscaux» sont finalement peu nombreux à régulariser leur situation. En août dernier, Eric Woerth a fait quelque vacarme sur le sujet en brandissant une liste de 3 000 contribuables « évadés », représentant 3 milliards de fortune défiscalisée en Suisse. Le ministre du budget avait laissé à chacun jusqu’au 31 décembre pour régulariser, sans pénalité majeure, leur situation. A un mois de l’échéance, 2 500 contribuables, seulement, ont pris contact avec le fisc français. Et 800 d’entre eux, seulement, ont réellement franchi le pas…
Délocalisations, fermetures de sites, externalisation des tâches continuent à être la réponse du libéralisme économique à la crise. Les destructions d’emploi sont massives. En un an, le nombre de chômeurs demandeurs d’un emploi à plein temps a augmenté de 25% pour dépasser les 2,6 millions en catégorie 1 En incluant les chômeurs à temps partiel, les intérimaires, ceux qui acceptent les petits boulots, les seniors dispensés de recherche d’emploi, ce sont plus de 4 millions de Français qui sont sans emploi ou sous employés. Les annonces qui s’accumulent de suppressions d’emplois ou de fermetures de sites industriels notamment donnent le signal clair que la vague du chômage ne reflue pas.
La liste des prochaines réformes est déjà annoncée : cela va des retraites, à l’assurance-maladie en passant par les collectivités locales. En un mot le gouvernement est prêt à s’attaquer aux derniers stabilisateurs économiques qui ont préservé l’économie française ces derniers mois, ceux précisément dont le gouvernement vantait les mérites pendant la crise.








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