Débat d’Orientation Budgétaire 2010: encore un “débat” pour rien
Jeudi dernier, lors du dernier Conseil Municipal, nous devions débattre des orientations budgétaires pour notre Ville. Loin d’un débat prospectif, nous avons assisté à un débat budgétaire classique à la Gorges-Masselus: “Tout va très bien Madame la Marquise”.
La dégradation des ratios, l’envolée du coût des intérêts mais aussi l’absence de prise en compte de la crise et des difficultés quotidiennes des chartraines et des chartrains, tout cela est mis de côté par l’UMP. Résultats augmentation des tarifs municipaux et de ceux des parkings! L’inverse de ce qu’il faudrait faire. Un peu perdu JPG? Peut être simplement sourd… Face à nos propositions aucune réponse sur le fond si ce n’est la rengaine gorgienne: le mépris, la condescendance et l’agressivité.
Voici l’intervention que j’avais prévue de faire (elle est un peu différente du prononcé mais s’en rapproche beaucoup). Vous pouvez trouver le document budgétaire en cliquant ici: debat-dorientation-budgetaire-26-11-091
Mesdames et Messieurs les élus,
Mes chers concitoyens,Ce ne sont que des pistes pour rendre notre ville plus solidaire et changer le climat qui se dégrade entre nos habitants et la municipalité.
Alors que nos concitoyens sont confrontés à des difficultés sans précédents, comment concevoir que les filets de la protection sociale relâchent leurs mailles ?
Une équipe municipale ne peut pas tout faire. Mais une équipe municipale doit aussi savoir prendre ses responsabilités dans le cadre des compétences qui sont les siennes. La crise financière est passée mais ses conséquences sont encore devant nous. Vous allez reprendre votre litanie nous accusant de vouloir faire peur aux gens. Je vous signale simplement que beaucoup d’élus locaux de l’UMP – intéressés par le sort des plus fragiles– disent comme nous. Lorsque l’on refuse d’affronter un problème, on ne le résout pas.
C’est tout le sens du budget dont nous débattrons le mois prochain et dont les grandes orientations nous ont été présentées ce soir. Je préfère vous le dire très simplement, je suis déçu ce soir. Lors du dernier exercice, nous avions le débat sur le plan de relance local. Vous nous aviez dit qu’un complot s’était tramé – le Préfet, votre bouc émissaire préféré, n’était pas loin- pour vous empêcher d’agir. La chambre régionale des comptes vous demandait de suivre les recommandations que l’opposition exprimait depuis plusieurs mois déjà, à savoir « provisionner une somme importante dans le dossier Q-Park ». Pas de plan de relance en 2009 donc. Soit. Mais à grand renfort de communication dans la « pravda » locale « Votre Ville », vous nous l’annonciez massif, visible, impressionnant. Et nous n’avons rien vu venir pendant des mois… pour attaquer un nouveau débat d’orientation budgétaire sans aucune mention au sujet de la crise.
Nous sommes très loin d’un budget volontariste. Un budget de transformation sociale de notre cité. Un budget d’action face à la crise. Un budget dont le maître mot ne devrait être autre que la solidarité.
Certains considèrent, peut-être, le débat d’orientation budgétaire comme un moment secondaire, prélude formel et procédurier. Uniquement un pré-débat budgétaire. Ce n’est pas ma conception de la démocratie. Nous savons tous à quel point l’examen du document budgétaire lui-même sera d’une nature technique. Nous savons tous à quel point la litanie des chiffres perturbera certains et en agacera d’autres.
Mais dès le moment où nous faisons de la politique, au sens noble du terme, le moment où nous, les uns et les autres, exposons aux chartrains notre vision des priorités budgétaires de notre ville, c’est ce soir le véritable moment du débat politique budgétaire.
Nous souhaitons que la séance de ce soir soit un moment démocratique fort au cours duquel chacun des conseillers municipaux pourra développer sa vision et ses priorités.
1. Le ou les contextes
Nous sommes en crise. L’ampleur de l’impact social et économique de cette crise, sa durée, les changements profonds qu’elle va engendrer sont aujourd’hui totalement méconnus.
Cette crise doit tous nous interroger car nous n’en connaissons pas encore les conséquences sur nos concitoyens, le repli sur soi, l’individualisme, la peur en l’avenir et de l’autre.
Je vous parle de cela car nous touchons, là, la différence profonde entre votre vision de la ville, Monsieur le Maire, et la mienne, la nôtre. Une ville ce n’est pas que du béton, des immeubles ou des équipements à construire. Une ville c’est d’abord et avant tout ses habitants. La priorité de l’action d’une municipalité ce doit être d’améliorer ce que l’on appelle « le vivre ensemble », le lien social. Voilà notre priorité pour 2010, à l’opposé de la vôtre.
La crise est là. Et ce ne sont pas vos orientations budgétaires qui vont redonner du baume au cœur à nos administrés. Les fermetures d’usines, Maflow en est un des derniers exemples mais demain Philips Chartres si vous ne faites rien, mais aussi de commerces dans le centre ville se multiplient. Notre bassin d’emploi, comme bien d’autres, est malheureusement concerné à court, moyen et long terme.
Face à cette situation, force est d’admettre que l’Etat n’est tout simplement pas au rendez-vous. Personne ne dit que c’est facile. Mais personne ne peut considérer pour autant que l’action du gouvernement soit à la hauteur de la situation.
L’Etat est irresponsable, aussi, lorsque son Président annonce à l’emporte pièce, sans concertation et sans évaluation des conséquences, qu’il compte supprimer la taxe professionnelle, alors que cet impôt demeure la plus importante recette dynamique des premiers investisseurs publics du pays : les collectivités locales et territoriales. Nous savons que ce qu’organise aujourd’hui le président, avec le soutien des députés UMP dont vous êtes, c’est le transfert d’une partie des impôts payés par les entreprises sur les ménages.
Aujourd’hui nous avons, ici comme dans les autres collectivités, un DOB, sans savoir de quoi demain sera fait. Un budget à l’aveugle, dans l’incertitude la plus totale, voilà la réalité. On peut donc d’ores et déjà craindre que la dégradation de nos fameux ratios soit pire en 2010 que ceux que vous nous annoncez aujourd’hui.
Ce contexte c’est aussi celui dans lequel évolue l’agglomération. Vous avez mené le débat budgétaire récemment et le moins que l’on puisse dire c’est que les propos du Président de l’agglomération peuvent inquiéter le maire de Chartres. Entre la dotation de solidarité communautaire et l’attribution de compensation c’est près de 20 millions d’Euros que la Ville reçoit. Lors du débat d’orientation budgétaire de l’agglomération vous avez dit, face aux remarques de l’opposition et la dégradation de sa situation financière, que l’agglomération pouvait à tout moment – et d’ailleurs c’est écrit de manière implicite en page 5 « A défaut – si il n’y a pas de nouveau dynamisme économique -, la SC serait à nouveau ajustée à la baisse » - La pérennité de ces 5,5 millions d’euros n’est pas assurée… Si on enlève ces 5,5 millions d’euros à vos prospectives, on atteint les 15 ans en ration dette/épargne brute.
La situation est donc préoccupante en raison d’éléments extérieurs mais elle est extrêmement inquiétante en raison de votre gestion.
2. Une spirale de l’endettementUne collectivité c’est comme un bateau. Pas un petit bateau, un bateau énorme, long. Pour le faire tourner, il y a un temps important entre le moment où l’on tourne la barre et où le bateau commence à tourner. Une ville, c’est pareil. Notre bateau est sur une bien mauvaise trajectoire. Cette trajectoire, c’est celle de l’endettement.
Entre 2009 et 2012, les intérêts de la dette auront quasiment doublé. Entre 2005 et 2012, ils auront été multipliés par 3.
En 2008, nous dégagions 15 millions d’euros d’épargne brute alors que vous prévoyez qu’elle sera à peine de 9 millions en 2010. Pourquoi ? Parce que les intérêts de la dette progressent et vont exploser dans les années qui viennent. Ils vont atteindre, l’année prochaine, le niveau de 2001, où, selon vous, la ville était en faillite !
En 2012, les intérêts de la dette représenteront pratiquement autant que le budget du CCAS (3 millions d’Euros).
Le ratio passera selon vous à 7,21 annuité mais vous nous dites, page 24, « satisfaisant si inférieur à 8 ans, inquiétant à compter de 12 ans et dangereux au-dessus de 15 ans, d’après les analystes financiers ». Il y a plusieurs années, vous nous disiez que au-delà de 5 ans c’était dangereux. Les experts d’en face, ceux du Conseil Général, dans le débat d’orientation général de la semaine dernière disaient qu’au-delà de 8 ans la collectivité hypothéquée.
Où en sommes-nous des droits de mutations ? Pourquoi cela n’apparaît pas dans ce DOB ?
3. Quel avenir pour notre ville ?
Mais nous aurons le débat sur les chiffres le mois prochain, j’espère que les priorités seront enrichies par nos propositions.
Vous avez dit que votre mandat serait celui du sport. C’était l’année dernière, avant la crise. Nous vous demandons de prendre conscience de la gravité de la situation et de revoir vos priorités.
Nous souhaitons que la priorité, pour 2010, ce soit la solidarité et le vivre ensemble. J’aimerai que la ville de Chartres soit aussi célèbre pour sa cathédrale que pour l’innovation sociale de sa Ville.
Nous voulons donc un budget innovant et solidaire :
Solidaire par le développement de l’action sociale :
- avec une hausse de 10 à 20 % du budget du CCAS pour de nouvelles actions :
o création d’un micro-crédit social en partenariat avec organisme bancaire issu de l’économie sociale et solidaire
o augmentation de la contribution communale pour le logement social parce qu’il est nécessaire que cette ville reconstruise de vrais logements sociaux. Quand il y a plus de 2000 demandes de logement en attente, comment ne pas considérer que c’est une priorité ?
o création de conseils de quartiers pour améliorer les relations des habitants entre eux et avec les autres quartiers
o création d’un conseil municipal des résidents étrangers afin, surtout en cette période de débat sur l’identité nationale, de permettre d’écouter la parole de ceux qui sont des citoyens de cette ville mais n’ont pas le droit de vote
o le gel des tarifs municipaux pour ne pas voir un double discours sur le pouvoir d’achat
o L’aide à la création, par le mouvement associatif, d’une épicerie sociale et solidaire qui apporte une aide ponctuelle à ceux qui en ont besoin
o On peut aussi imaginer l’ouverture de centre d’accueil de jour pour les personnes âgées afin de rompre l’isolement de certains à l’image de ce qu’il y avait à la Madeleine.
o Pour sauver le centre ville, il faut que les jeunes puissent si installer. Aujourd’hui c’est inaccessible donc nous proposons la création d’un dispositif de cautionnement solidaire pour les jeunes qui souhaitent s’installer sur la Ville
o Avec la crise, le droit à la santé s’éloigne pour beaucoup. Il faut que la ville ait une ambition forte dans ce domaine. Il faut donc favoriser l’accès à la santé. Cela passe par le maintien des médecins en centre ville et la polémique sur la place Estienne d’Orves montre les limites de votre politique. Mais il faut réfléchir aussi au dispositif.
o Pour les exclus, nous demandons que la ville assume sa part morale de solidarité avec la mise à disposition du bâtiment Reverdy pour l’hébergement d’urgence.Solidaire avec l’avenir en ayant une ambition écologique réelle. Où est l’ambition écologique de votre DOB :
- création d’un agenda 21 communalLe terme « Agenda 21 » signifie littéralement « programme d’actions pour le 21ème siècle ». Il est destiné à définir et mettre en œuvre des actions concrètes pour répondre aux enjeux du développement durable :
1. Lutter contre le réchauffement climatique
2. Produire et consommer responsables
3. Promouvoir l’équité et développer les solidarités
4. Préserver les ressources, les espaces et la biodiversité.- Création d’une aide publique à l’installation de chauffe-eau solaires
- Développer le bio dans la restauration scolaire et pour nos aînés car ils ont le droit de manger sainement en refusant les OGM et en privilégiant des produits issus de l’agriculture alternative non intensive
- Faire un bilan carbone de nos politiques et de nos actions, tout comme le bilan de la diversité biologique urbaine.Solidaire par la revitalisation urbaine, dans ce DOB il y a des objectifs de rénovation urbaine mais, on le voit aujourd’hui avec les quartiers de Bel air et de l’épargne que vous voulez détruire et les quartiers de La Madeleine et du centre ville que vous laissez mourir, il manque une vision pour rendre la ville plus accueillante, plus humaine :
o Réouverture complète de la mairie annexe de la Madeleine et partenariat avec la CAF pour la réouverture de leur antenne locale sur le mail. C’est aux services publics d’aller au devant des citoyens pour empêcher la rupture sociale.
o Plus globalement, c’est bien des mairies de quartier qu’il faut créer pour aider nos concitoyens au quotidien
o Pour redynamiser le centre ville nous devons avoir une politique attractive pour les jeunes. Une ville n’est dynamique que par sa jeunesse. Les jeunes actifs ou étudiants ne souhaitent qu’une chose c’est partir de cette ville. Il faut rompre avec votre politique de désertification en permettant aux bars et lieu où vont les jeunes de se développer. Leur permettre de s’installer en ville par une politique de cautionnement solidaire est indispensable mais il faut avoir une politique active de préemption et de construction des petits logements.Voici quelques propositions, et même si elles n’étaient pas dans votre programme, la crise et le changement de mentalité qu’elle provoque peut aussi vous atteindre.








Vous pouvez suivre les commentaires à ce billet par ce fil RSS 2.0 . Vous pouvez commenter ce billet ou laisser un rétrolien depuis votre site.



Me contacter




Partagez sur vos réseaux sociaux