Politique d’immigration : les bienfaits de l’ouverture selon Eric Besson
Lors d’une interview sur LCI, le 2 septembre denier, Eric Besson analysait froidement les statistiques concernant le nombre d’expulsions « Ce sera 17.000 très exactement, (chiffre au 31 juillet) ; cela veut dire que 17.000 personnes en situation irrégulière ont été reconduites à la frontière depuis le 1er janvier 2009, c’est moins que l’année dernière à la même date, mais “c’est conforme” - entre guillemets - aux objectifs que m’ont assignés le président de la République et le Premier ministre.
Si on fait une règle de trois, cela veut dire plus de 30.000 sur l’ensemble de l’année 2009.
Mon objectif, c’est l’objectif qui m’a été assigné, est de 27.000, on respectera à peu près cet objectif »…
A l’aune de tels propos, il n’est pas inutile de rappeler ce qu’écrivait le même Eric Besson en 2006 (*), à propos de la politique d’immigration conduite par les gouvernements de droite et par Nicolas Sarkozy en particulier :
« La loi du 26 novembre 2003 ou un échec reconnu à demi-mot …
« Pour la première fois depuis 1974, un même ministre de l’Intérieur, au cours de la même législature, aura présenté deux projets de loi sur l’immigration… La loi du 26 novembre 2003 avait pour objectifs selon Nicolas Sarkozy : « réformer la double peine » et « mettre un frein à la dérive des flux d’immigration créée par la loi Chevènement de 1998 » en dotant l’État de « véritables outils de lutte contre l’immigration clandestine ». On peut aujourd’hui mesurer l’échec de chacune de ces deux ambitions…. »
« De nouveaux outils de lutte contre l’immigration clandestine aux effets dévastateurs
Deux ans et demi après le vote de la loi du 26 novembre 2003, dans un rapport d’évaluation, établi en mars de 2006, le député UMP du Vaucluse, Thierry Mariani, se félicite de la politique suivie depuis 2002 et de ces succès. Il évoque ainsi la hausse des chiffres des interpellations d’étrangers en situation irrégulière (de 44 500 en 2004 à 64 000 en 2005) et des éloignements effectifs du territoire français. Ces derniers sont passés de 11 692 en 2003 à 19 849 en 2005 :
Le nombre de personnes éloignées a effectivement augmenté, mais à quel prix ? Les associations de soutien aux étrangers s’inquiètent et dénoncent les effets dévastateurs de la politique menée depuis 2003 : arrestations massives dans certains quartiers, placements en rétention à répétition de personnes non reconductibles, y compris les enfants… Même la commission sénatoriale sur l’immigration clandestine s’inquiète.
Dans un rapport rendu public le 13 avril 2006, elle appelle le gouvernement à prendre garde que « les objectifs ambitieux » qu’il s’est fixés (25 000 éloignements effectifs en 2006) « ne poussent certains services à faire du chiffre » …. La commission sénatoriale insiste sur le caractère « aléatoire » des interpellations et sur l’absence de ciblage des publics en situation irrégulière à éloigner. Une telle politique n’a de réelle efficacité que « si l’éloignement intervient le plus rapidement possible après l’entrée sur le territoire », faute de quoi elle amène à « des situations inextricables et humainement bouleversantes » .
« La loi du 24 juillet 2006 ou le faux alibi de l’immigration choisie…
« Il faut croire pourtant que cette première loi votée en novembre 2003 n’aura pas été suffisante… Nicolas Sarkozy justifie la nécessité d’une nouvelle loi sur l’immigration par son souci de vouloir « promouvoir une immigration choisie » pour la substituer à « l’immigration subie ». En fait, sa loi aboutit surtout à précariser la situation des étrangers installés en France.
Relancer une immigration professionnelle, qualifiée et utile à l’économie française, tel serait l’objectif de Nicolas Sarkozy. On peut tout d’abord contester la pertinence d’une telle politique qui consiste à favoriser l’installation professionnelle en France des diplômés étrangers de niveau au moins égal au master et qui octroie une carte de séjour « compétences et talents » avec des avantages particuliers pour les sportifs de haut niveau, les artistes et les intellectuels renommés. Au lieu de faciliter la circulation des étrangers par l’octroi de visas à entrées multiples, cette politique favorise l’installation définitive en France et participe au pillage des élites des pays en développement.
Mais on peut surtout s’interroger sur la nécessité de recourir à une loi pour recruter des immigrés qualifiés. La France a déjà su s’ouvrir à l’immigration qualifiée par de simples instructions ministérielles en 1998 et en 2002.
La réduction des droits des étrangers ou la vraie raison de la loi Sarkozy II à un an de l’élection présidentielle, le projet de loi de Nicolas Sarkozy a avant tout une visée électoraliste : rassurer l’électorat de droite et d’extrême droite en prétendant lutter toujours et encore contre l’immigration, qu’elle soit d’ailleurs illégale ou non. Il reste que l’on doit s’interroger sur l’efficacité des mesures envisagées ».
« Nicolas Sarkozy fabrique des sans-papiers, lui qui prétend lutter contre l’immigration clandestine…
Evoquant l’abrogation de la régularisation de plein droit après 10 années de présence en France ou sur le fondement de la vie privée et familiale. Il s’exprimait en ces termes : « C’est là une mesure totalement inefficace au regard des objectifs poursuivis puisque le nombre de personnes régularisées sur ces bases était pour le moins modeste :
3 916 en 2004 après 10 années de séjour et 13 989 au nom de l’existence de liens personnels et familiaux. C’est surtout une mesure potentiellement dangereuse car, en supprimant ou en restreignant fortement les principaux dispositifs de régularisation, Nicolas Sarkozy se prive des outils permettant une régularisation au fil de l’eau et évitant ainsi les régularisations de masse. En d’autres termes, Nicolas Sarkozy fabrique des sans-papiers, lui qui prétend lutter contre l’immigration clandestine ! Et cela lui donnera alors l’occasion de jouer de nouveau le rôle de l’homme au grand cœur en autorisant, pour des considérations humanitaires, la régularisation des papiers des personnes en situation de grande détresse. C’est ce qu’il fit en juin dernier, face à la mobilisation croissante en faveur des enfants sans papier, en annonçant des mesures de régularisation au cas par cas d’élèves étrangers scolarisés en France (alors même que son projet de loi supprime les régularisations sur le fondement de la vie familiale !). Mais comme pour la double peine, il voulait une décision avant tout symbolique : 720 familles étaient soi-disant concernées. Au 15 août, les préfectures avaient déjà enregistré 30 000 demandes. Il affirme que seuls 6 000 personnes sont régularisables mais que faire des autres qui sont parfois en France depuis de nombreuses années ? »
Voici enfin ce qu’écrivait Eric Besson, dans l’introduction générale du même document (*) :
Le prétendant de la droite à l’Elysée n’aura pas attendu deux ans pour se révéler parjure …
« L’échec n’atteint que rarement Nicolas Sarkozy. Le plus souvent parce qu’il le noie dans le mouvement perpétuel : chaque fois qu’il se trouve en difficulté ou se voit obligé de se justifier de son action, le candidat de l’UMP se saisit d’un fait divers pour enfiler la combinaison qu’un Le Pen laisse parfois au vestiaire de « celui qui dit tout haut ce que les Français pensent tout bas ». Un jugement à l’emporte-pièce, une provocation suivie d’une polémique, le tout conclu par un sondage qui démontrerait que Sarkozy a les élites contre lui mais le peuple avec lui et le tour est généralement joué….
Glissements progressifs du volontarisme du Ministre de l’Intérieur. En 2002, il suffisait de lui donner les rênes de la police et de le laisser libre de mettre en œuvre une répression salutaire pour que l’insécurité soit enrayée. En 2006, le Ministre de l’Intérieur confesse son impuissance, son action remarquable est entravée par le laxisme des juges…
L’infléchissement des discours indique seulement qu’après avoir été, avec l’appui (qui l’eût dit) de François Fillon le fossoyeur du gaullisme social, le candidat de l’UMP s’est attaché provisoirement la plume –au demeurant talentueuse- d’un Henri Guaino que l’on avait déjà connu ardant dénonciateur de la « fracture sociale » en 1995. Le vernis ne tiendra pas. Car l’homme qui se dit pragmatique est d’abord un idéologue….
Le « pragmatisme sarkozyen » se nourrit de revirements spectaculaires comme en témoigne son reniement dans le dossier de la fusion Suez-GDF : après avoir s’être très solennellement engagé à ce que l’Etat ne privatise jamais GDF, le prétendant de la droite à l’Elysée n’aura pas attendu deux ans pour se révéler parjure !…
Décidemment,un orfèvre, dans ces jugements Eric Besson !
(*) L’inquiétante « rupture tranquille de Monsieur Sarkozy »








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