Les jeunes en première ligne face à la crise économique
Nicolas Sarkozy va parler ce soir de la situation des jeunes… N’en doutons pas, à Chartres comme au plus haut sommet de l’Etat ce qui caractérise avant tout l’UMP, c’est autosatisfaction des discours qui cache l’injustice des politiques.
La conquête de l’ouverture, Martin Hirsch, a mené une commission pour préparer les annonces du gouvernement. Malheureusement, cette commission n’a pu être unanime sur les mesures nécessaires à destination des jeunes. Les principales organisations de jeunes demandant des moyens nouveaux pour faire face à la situation. Mais le bouclier fiscal de l’UMP, en faveur des foyers les plus riches de notre pays, empêche aujourd’hui notre pays d’avoir la moindre marge de manœuvre. Il ne faut donc pas attendre grand chose de l’intervention de ce soir car la réponse aux problèmes de la jeunesse ne peut pas être l’unique extension du RSA aux jeunes. Quand on sait que le problème principal pour les jeunes n’est pas l’indemnisation en sortie d’emploi mais bien d’accéder au monde du travail, on mesure le décalage de la droite avec la jeunesse de France.
Bref retour sur la situation de ceux qui payent le plus lourd tribu à la crise:
Au troisième trimestre 2008, avant donc que les effets de la crise financière ne se fassent sentir pleinement sur l’économie réelle, le taux de chômage des 15-24 ans était déjà de 19,7 %, contre 7,7 % en moyenne et 5,3 % pour les plus de 50 ans.
La situation des jeunes est donc alarmante. Elle interpelle d’autant plus que nous sommes en plein « papy-boom » : la population âgée de 15 à 59 ans diminuera cette année de 120 000 personnes, alors que jusqu’en 2007 elle augmentait bon an mal an de 200 000 personnes environ. Cela devrait se traduire, selon l’Insee, par une baisse de la population active en 2009. Une première….
Les conséquences d’une flexibilité toujours accrue :
Le chômage des jeunes reste beaucoup plus sensible aux fluctuations conjoncturelles que celui des plus âgés. Déjà entre 1975 et 1985, les 15-29 ans avaient vu leur taux de chômage augmenter plus rapidement. Depuis, la courbe du chômage des jeunes évolue au gré de la conjoncture économique, en amplifiant les variations, pour le meilleur comme pour le pire.
Mais il faut aussi y voir la conséquence d’une précarisation croissante de l’emploi des jeunes. La flexibilité accrue du marché du travail repose pour une large part sur leurs épaules, que ce soit dans le privé ou dans la fonction publique. Ainsi, les 15-29 ans sont deux fois plus souvent intérimaires que la moyenne des personnes en emploi. Et un peu plus d’un jeune sur quatre de 15 à 29 ans qui occupe un emploi est en contrat à durée déterminée (CDD) ou en emploi aidé, contre 11 % de l’ensemble des actifs occupés. A cela s’ajoutent les stages, qui donnent souvent lieu à de véritables abus et contribuent à développer de nouvelles formes de sous-emploi.
Quant au sas d’entrée vers l’emploi stable, il est également bouché : l’intérim est en chute libre (- 140 000 postes entre fin 2007 et fin 2008) et les CDD aussi. Aux effets - massifs - de la crise économique s’ajoutent ceux - tout aussi massifs - du dispositif d’exonérations fiscales et sociales sur les heures supplémentaires qui pénalisent tout particulièrement les jeunes.
Des inégalités croissantes :
La césure la plus profonde au sein de la jeunesse sépare les diplômés des non-diplômés. Selon la Dares, le taux de chômage des jeunes ayant au mieux un brevet des collèges est environ quatre fois plus important que celui des diplômés du supérieur, dans les toutes premières années suivant la fin de leurs études. C’est d’ailleurs ce qui explique le taux de chômage si important des 15-24 ans : à cet âge, ceux qui sont déjà entrés sur le marché du travail se recrutent majoritairement parmi les moins diplômés. En 2007, parmi les actifs de 15 à 24 ans, on comptait en effet 21 % de diplômés du supérieur, 52 % de diplômés du secondaire et 27 % de peu ou pas diplômés, alors que 43 % des 25-29 ans présents sur le marché du travail en 2007 avaient un diplôme du supérieur. Pour cette raison, le taux de chômage des 25-29 ans (10,2 %) était nettement plus faible que celui des 15-24 ans (19,7 %).
La même inégalité s’observe vis-à-vis de la précarité de l’emploi. L’écart a d’ailleurs tendance à s’accroître, au détriment des non-qualifiés, même si la période d’insertion dans l’emploi durable s’est allongée pour tout le monde.
Autre source d’inégalité majeure entre jeunes : le lieu de résidence. Selon le Céreq, 36 % des jeunes ayant résidé en zone urbaine sensible ont connu une trajectoire professionnelle dominée par le chômage récurrent, le non-emploi ou un enchaînement de contrats précaires depuis leur sortie de formation initiale en 1998. Alors que ce n’est le cas que de 23 % de l’ensemble des autres urbains. Dans un récent rapport, le Crédoc résume les facteurs accentuant, pour un jeune, le risque d’être touché par l’éloignement de l’emploi de qualité : être très peu qualifié ou avoir suivi une formation générale (c’est-à-dire plus théorique que professionnelle) ; être une femme ; habiter une zone urbaine sensible ; avoir des parents non européens . Des aides insuffisantes
La solidarité familiale appelée à la rescousse :
Ces difficultés ont bien sûr des conséquences directes sur leur niveau de vie. Compte tenu de la faiblesse des dispositifs socialisés, c’est la solidarité familiale qui joue traditionnellement un rôle prépondérant pour amortir les effets des crises. Elle prend d’abord la forme d’une cohabitation prolongée au sein du logement parental. Une possibilité qui n’est cependant offerte qu’à ceux dont les parents disposent eux-mêmes d’un logement suffisamment vaste.
Mais, là encore, cette solidarité financière est très inégalement répartie. Lorsque ce soutien fait défaut, « le cumul de la précarité économique et de l’isolement social peut conduire très vite à des formes profondes et durables d’exclusion et de pauvreté ». Avant la crise, un cinquième des jeunes de 16 à 25 ans vivaient déjà sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 880 euros par mois. Soit 1,4 million de personnes.
Face à cette situation préoccupante, il existe peu de dispositifs sur lesquels les jeunes peuvent s’appuyer. Bien qu’ils soient les premières victimes de la crise, ils sont très peu indemnisés par l’assurance chômage, faute d’avoir suffisamment cotisé : seulement 44 % des chômeurs de moins de 25 ans touchaient une indemnisation chômage en mars 2008 (dernier chiffre connu), contre 80,2 % des plus de 50 ans. En réduisant le seuil d’ouverture des droits à l’assurance chômage à quatre mois de cotisation sur les vingt-huit derniers mois (au lieu de six sur vingt-deux précédemment), la nouvelle convention Unedic devrait améliorer cette situation. En revanche, les jeunes de moins de 25 ans resteront exclus du bénéfice du revenu de solidarité active (sauf s’ils sont chargés de famille), tout comme ils l’étaient auparavant du revenu minimum d’insertion. Une meilleure couverture des jeunes face aux aléas économiques serait donc urgente.
Dans d’autres pays, de tels dispositifs existent et sont efficaces : au Danemark, un jeune qui perd son emploi voit ses revenus baisser de 8,7 % en moyenne, contre 28 % en France, selon une étude réalisée en 2006 .Mais surtout, la France est le seul des dix pays européens étudiés où cette perte est supérieure à celle de l’ensemble de la population ayant connu le chômage. Et ce n’est pas la prime de 500 euros qui sera versée aux personnes ayant perdu leur emploi entre le 1er avril 2009 et le 31 mars 2010 qui changera fondamentalement cette donne. 240 000 personnes devraient être concernées, selon Bercy, pour un coût évalué à 120 millions d’euros. Mais les centaines de milliers de jeunes qui n’ont pas encore travaillé et qui cherchent un emploi en seront exclus, tout comme ceux qui ont été licenciés avant le 1er avril 2009.
Au-delà du service civil, le gouvernement mise de nouveau sur les contrats aidés. En pratique, ceux-ci s’adressent en effet essentiellement aux jeunes : 27 % des moins de 26 ans qui avaient un emploi en 2007 étaient en emploi aidé, contre 4,9 % en moyenne. Le 28 octobre 2008, Nicolas Sarkozy avait annoncé le déblocage de 100 000 contrats aidés supplémentaires dans le secteur non marchand en 2009, en plus des 230 000 déjà inscrits dans le projet de loi de finances. Cet effort reste en réalité limité : compte tenu de la baisse qui avait été programmée dans le budget 2009, ce ne sont en fait que 40 000 emplois aidés de plus par rapport à 2008. Il faut aussi se rappeler que 383 000 emplois aidés avaient été financés dans le secteur non marchand en 2003, dans un contexte économique pourtant nettement moins dramatique.
De plus, fin 2008, 196 000 personnes seulement bénéficiaient d’un contrat aidé dans le secteur non marchand, contre 248 000 fin 2007, selon l’Insee. Faute de moyens financiers, collectivités, administrations et associations rechignent à en signer.
Mais surtout, le chef de l’Etat a changé son fusil d’épaule, privilégiant désormais les contrats aidés en entreprise : 50 000 contrats initiative emploi (CIE) , ciblés sur les jeunes, vont venir s’ajouter aux 50 000 initialement prévus dans le budget 2009. Parallèlement, des incitations financières sont prévues pour l’embauche de jeunes en contrats d’apprentissage ou de professionnalisation. Le problème, c’est que ces aides de l’Etat au secteur marchand risquent de susciter des « effets d’aubaine » : au lieu d’embaucher un salarié sur un contrat de travail classique, les entreprises le recruteront sur un contrat cofinancé par l’Etat, pour lui confier un poste qu’elles avaient de toute façon décidé de créer. Tous éléments qui ne suffiront malheureusement pas à inverser la tendance.








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